L'ART DE PERDRE

Roman d’Alice Zeniter

Adaptation et mise en scène — Sabrina Kouroughli en collaboration avec Gaëtan Vassart.

Collaboration artistique — Magaly Godenaire

Dramaturgie — Marion Stoufflet

Son — Christophe Séchet

Vidéo—Magaly Godenaire et Gaëtan Vassart

Avec Sabrina Kouroughli, Bouraouia Marzouk et de jeunes amateurs dionysiens de 13 à 22 ans du groupe Candides du Théâtre Gérard Philipe — CDN de Saint-Denis,

en collaboration avec Magaly Godenaire et Pascale Fournier.

Avec le soutien du CENT-QUATRE-PARIS, Le Carreau du Temple à Paris et le Théâtre du Pont des Arts- Vile de Cesson-Sévigné.

Du 23 novembre au 28 novembre 2020:  en résidence 

au TGP- CDN de Saint-Denis, Salle Jean-Marie Serreau.

Ce roman sur l'exil raconte le parcours, sur trois générations, d'une famille kabyle de la guerre d’Algérie à nos jours.

Extrait de "l'Art de perdre"roman d'Alice Zeniter:

 

Parmi les peurs qui me viennent de mon père, je range :

-  la peur de faire des fautes de français;

- la peur de donner mon nom et mon prénom à certaines personnes, surtout celles qui ont plus de soixante-dix ans;

- la peur qu'on me demande en quelle année ma famille est arrivée en France;

- la peur d'être assimilée aux terroristes;

Je me sens perdue, ambivalente. Je n’ai jamais autant pensé à mon propre rapport à la religion. Je me souviens de la curiosité que j’éprouvais, enfant, quand je te voyais prier. Tu le fais toujours de manière très discrète : tu t'éclipses sans un mot et tu reviens quelques minutes plus tard. Je n’ai découvert ce que tu faisais qu'en ouvrant la porte de ta chambre par erreur. L'opacité du silence qui régnait dans la pièce m'a surprise. Tu es là, agenouillée, la face contre le sol sur un petit tapis de prière. Tu es juste de l'autre côté du lit et pourtant tu me parais très loin.

— Yema, qu'est-ce que tu fais? Yema répond en arabe. Elle est avec son Dieu.

 

Alors que le massacre à Charlie Hebdo est suivi par la prise d'otage de l'Hyper Cacher et par une course-poursuite sordide, ma co-locatrice, Sol, vomit ses tripes dans le lavabo de la salle de bain entre deux reportages. Immobile, je liste de nouvelles peurs :

- peur que Yema se fasse agresser dans la rue parce qu'elle porte le voile (il y a peu de risque : elle sort de moins en moins souvent et de moins en moins loin)

- peur de mourir en prenant un verre en terrasse

- peur de réaliser que durant les années où je ne l’ai pas vu mon oncle, Mohamed se formait en réalité en Syrie ou au Pakistan

- peur d'être moi-même en train de me laisser aller à des amalgames en incluant cette dernière peur dans ma liste

- peur que les 28 % de Français qui affirment comprendre les représailles à l'encontre des musulmans après les attentats deviennent de plus en plus nombreux

- peur qu'il se déclenche une guerre civile des « eux » contre « nous » dans laquelle je ne parviendrais pas à déterminer mon camp.

NOTE D’INTENTION

 

Un roman sur l’exil. Il y est question de guerre, d’immigration, d’intégration et surtout d’identité.

 

J’ai rencontré Alice Zeniter au Collège de France, où elle assistait le metteur en scène Jacques Nichet avec qui je travaillais également. Fraîchement diplômée de l’ENS, Alice Zeniter et moi avions un point commun, elle préparait une thèse sur Martin Crimp et de mon côté, je venais d'interpréter le personnage d'Anna dans Atteintes à sa vie du dramaturge britannique, une pièce sur la quête d’identité. 

 

L'art de perdre débute comme un conte et se transforme en saga historique. La narratrice, Naïma, 30 ans, petite-fille de harkis, part à la recherche de ses origines et entreprend un voyage en Algérie sur la trace de ses ancêtres. C'est une quête de réconciliation avec la mémoire de sa famille. 

 

Comment comprendre la guerre d’Algérie et l’immigration qui a suivi?  Comment faire entendre la tragédie de ces sacrifiés de l’Histoire ?

 

"Au-delà de la guerre d’Algérie, c’est avant tout un roman sur l’exil" selon Alice Zeniter. L'autrice s'est lancée dans cette entreprise au moment où elle a réalisé le parallèle avec la situation actuelle des migrants. Parler de cette histoire, c’est parler d’un voyage qui ne finit jamais et dont il est impossible de déterminer l’arrivée. Car l’exil entraîne avec elle les générations suivantes.

 

Cette adaptation du roman au théâtre nous paraît essentielle pour comprendre aujourd'hui comment chaque jour, des personnes sont obligées de quitter leur maison, souvent brutalement. Fuir un conflit ou la misère, échapper à des persécutions, vouloir un avenir meilleur. De Syrie en Afghanistan, du Myanmar en Érythrée, de Somalie en Irak, du Honduras au Guatemala, autant de déracinés. 

 

Des milliers d’hommes, de femmes et d'enfants quittent l’Algérie à l’été 62. L’art de perdre pose la question de la transmission : que veut dire transmettre un pays, une culture, une langue, une histoire ou même des silences ? Les personnages d'Alice Zeniter représentent trois générations : celle de nos grands-parents, de nos parents et la nôtre. 

Entre le passé d'un pays englouti et le désir d'embrasser la culture française, la route est longue et douloureuse.    Sabrina Kouroughli

"Il n'est pas de famille qui ne soit le lieu d’un conflit de civilisations. »

Pierre BOURDIEU, Algérie 60

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L'art de perdre est un roman d'Alice Zeniter paru le 16 août 2017 aux éditions Flammarion et récompensé par une demi-douzaine de prix littéraires dont le Prix « Goncourt des lycéens 2017 », « le Prix Renaudot », le prix du « Livre Inter », le « prix littéraire du Journal Le Monde ».