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SI SEULEMENT LA NUIT

D'après SI SEULEMENT LA NUIT d'Atiq Rahimi et Alice Rahimi

(Editions P.O.L)

Adaptation— Atiq Rahimi, Alice Rahimi et Gaëtan Vassart

Mise en scène — Gaëtan Vassart

Collaboration artistique— Sabrina Kouroughli

Avec Atiq Rahimi et Alice Rahimi 

(Production en cours)

 

Durée: 1h20

SI SEULEMENT LA NUIT

L’écrivain Atiq Rahimi publie avec sa fille Alice, un très beau livre joliment intitulé  Si seulement la nuit, correspondance, (P.O.L), fruits de leur correspondance pendant le confinement de la Covid.

Pendant le confinement de 2020, le père et la fille ont engagé une correspondance, étant confinés séparément. L’exil, la politique, l’art ont traversé l’histoire de cette famille. 

Atiq Rahimi décrit l'histoire de sa famille exilée lors de sa fuite de Kaboul tandis qu'Alice s'interroge sur son identité et sur l'avenir. C’est  Si seulement la nuit, qui encapsule ce récit.

Si seulement la nuit a depuis sa sortie remporté un succès critique ( Télérama, L'Obs, Elle...) 

 

Atiq Rahimi est un romancier et réalisateur de double nationalité française et afghane. Il a reçu le prix Goncourt le 10 novembre 2008 pour son roman Syngué sabour. Pierre de patience. Sa littérature et son cinéma évoquent l’éloignement, “un sentiment qui déchire l’individu et l’oblige à se réinventer en même temps”. 

Alice Rahimi, sa fille, est une actrice française, formée au Conservatoire de Paris, elle a joué dans plusieurs films dont récemment Les nuits de Mashhad de Ali Abasi.

 

L’HISTOIRE:

 

Confinés séparément, le père et la fille ont entretenu un échange épistolaire en 2020 pour s'encourager, raconter à l'autre son quotidien et se donner des nouvelles rassurantes. Mais très vite leur correspondance, émouvante et drôle, s'assombrit, vire à l'écriture tourmentée de soi, et s'engage dans le récit d'une famille bouleversée par la politique, l'exil et l'art.

Le père, écrivain et cinéaste d'origine afghane, est incapable d'écrire un mot de fiction, de reprendre l'écriture de son roman. Il se croit alors enfermé dans un monde virtuel. Sa fille, née en France de parents exilés, étudiante en art dramatique, s'interroge sur son identité réelle. Ce sont ses mots et ses interrogations, à elle, qui ramène son père à la réalité du monde actuel, et à la réminiscence de son passé douloureux, volatile. 

Le passé ressurgit entre eux comme un fantôme encombrant, et que le père et la fille ont bien du mal à partager. Alors que les nouvelles de l'Afghanistan sont chaque jour de plus en plus angoissantes, le père parvient à raconter ce qu'il n'avait jamais dit à sa fille : la fuite de Kaboul, l'invraisemblable périple jusqu'au Pakistan, la famille, les amis abandonnés ou disparus.
           Ainsi deux générations, en s'écrivant, racontent le monde, la vie et les sentiments d'une famille exilée. Le père vit dans la nostalgie et l'inquiétude des événements, la fille s'interroge sur son identité et veut croire en l'avenir. Une transmission est-elle encore possible ? Et derrière les mots échangés, qui se révèle ? et qui se cache toujours ?

 

 

 

– Qu’est-ce qui est plus rapide que le vent ?

– La pensée.

– Qu’est-ce qui peut couvrir toute la terre ?

– L’obscurité.

– Qui sont les plus nombreux, les vivants ou les morts ?

– Les vivants, parce que les morts ne sont plus là.

 

– Un exemple de défaite ?

– La victoire.

 

Extrait de Si seulement la nuit, Atiq Rahimi et Alice Rahimi

 

 

     NOTE D'INTENTION:

     A la lecture des correspondances de "Si seulement la nuit " chez P.O.L. entre Alice Rahimi et Atiq Rahimi, j'ai été bouleversé par ces lettres entre une fille et son père. Alice décrit l'absence du père absorbé par son métier, un sentiment d'exil vécu à travers celui d'Atiq, une douleur en héritage, une curiosité, une soif de vivre et un humour mordant au fil des lettres. Cette correspondance rend compte de cette période de pandémie mondiale, ce moment d'histoire où ces lettres ont valeur de réconfort et de déclarations d'amour face au chaos d'un monde en perte de repères.

     J'imagine un espace épuré: un sol miroir des émotions et deux chaises. Alice nous raconte cet échange épistolaire, l'absence, l'éloignement, elle s'adresse à  son père Atiq qu'elle convoque sur scène. Il surgit pour raconter sa vision du monde, l'acte d'écrire pour résister, témoigner, de son exil et sa fuite d'Afghanistan, du temps qui passe, du désir d'accomplissement. Cette parole sera entrecoupée de musique, rubab afghan ou un autre instrument.

      « L’absence de toucher, c’est la mort de la relation à l’autre. Après deux ans à devoir appliquer les gestes barrières, qu’est devenu notre rapport au baiser et aux câlins ? 

Cette correspondance adaptée pour la scène sera un moment de réconfort, cette parole échangée entre un père et sa fille aura valeur universelle. L'humanisme qui se dégage de cet échange entre eux, raconte en creux, l'inquiétude d'un père pour cette génération empêchée durant ce confinement, passage du vide à sa nécessaire reconstruction.  

     "Il ne faut pas minimiser le désespoir des réfugiés" disait Hannah Arendt. L’exil, c’est vivre à jamais loin des êtres chers. L’exil, c’est connaitre la nostalgie d’un pays à jamais englouti. C’est aussi, souvent, la brûlure d’un départ précipité. Atiq Rahimi quitte Kaboul à 23 ans. L'écrivain-cinéaste, Prix Goncourt avec Syngué Sabour, Pierre de patience, aura traversé des montagnes enneigées à pied pour arriver jusqu'à nous. 

Sur scène, père et fille, raconteront combien "L'homme est libre seulement dans le jeu" comme l'écrit le poète Friedrich Von Schiller.

     Cet exil a réussi puisqu’il a gagné l’autre rive malgré qu'une part de lui-même soit restée là-bas. Beaucoup n’ont pas eu cette chance, prisonniers en Afghanistan ou ailleurs, sous le joug d'un régime autoritaire. C’est aussi à eux que nous pensons. Si nombreux, ces hommes et ces femmes en quête d’un horizon meilleur, qui tentent l’exil au prix de leur vie, à cette époque où les frontières sont de plus en plus infranchissables, et l’intégration, un si long chemin de croix.   

                                                                                                                                   Gaëtan Vassart.

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