NOTE D’INTENTION:

Le 2 décembre 1987, Jean-Luc Godard rend visite à Marguerite Duras à son domicile parisien. Cette rencontre établit un dialogue autour de la création artistique à travers l'écriture et la réalisation cinématographique.

 

Que s’est-il passé dans l’appartement de la rue Saint-Benoît ? À quoi assiste-t-on au juste ? Qui a suscité cette rencontre ? Godard ou Duras ? Un tiers absent? 

Le sentiment est d’arriver au milieu d’une conversation entamée il y a des lustres, pleine de sous-entendus, de références implicites, d’amitié usée et d’allusions pudiques. Le "dire" est pourtant au centre de l’échange et Duras semble vouloir "faire rendre les armes" à Godard. C’est qu’au fond il s’agit bien d’une rencontre monstrueuse. 

 

Duras et Godard. L’Écriture et le Cinéma. L’homme et la femme. Le dernier mot sera celui de Godard  : "On ne peut pas se parler et la télévision peut montrer ça." 

 

Il a raison. Le film soulève une question supplémentaire : avec qui parle-t-on quand on est Duras ou Godard ?

 

Faire dialoguer Godard et Duras par ce qu’on sait d’eux — les multiples interviews qu’ils ont laissé — mais aussi troubler le réel en superposant à leurs voix, les nôtres, nos voix en même temps que celles des deux acteurs. Se dessine dès lors une carte de l’intime et de l’artistique.      Sabrina Kouroughli 

 

Extrait de la Critique du Journal Le Monde, en 1987

autour de l’entretien filmé de « Godard-Duras"  en 1987,  dont est tiré le spectacle :

"Tout parait bien commencer, pourtant. " Ton film est très beau ", lui dit Marguerite.

Tiens ! elle le tutoie. Cela fait cinq ans qu'ils ne se sont pas vus, mais ils s'estiment et même — on l'apprendra par la suite — se sentent assez proches l'un de l'autre, comme l'est souvent l'élève doué de sa maitresse. Il remercie, ému : " Tu sais bien dire du bien des choses. Moi, je ne sais bien dire que du mal ". Mais il ne perd rien pour attendre : pour dire du mal, elle s'y connait aussi. " Je ne vois pas chaque fois la raison d'être du texte ", dit-elle. Puis elle y va carrément : il aurait mieux fait de faire un film muet, avec beaucoup de son.

La conversation continue. Sur les rapports entre le cinéma et la littérature. Sur Shoah, dont Godard n'est pas enthousiaste. Sur Sartre, qu'il défend contre Duras, qui définit son parcours comme " une énorme carrière de nullité ". Sur la musique : elle aimerait qu'il porte à l'écran le Sacre du printemps ou Noces de Stravinsky.

Peu à peu, l'humour aidant, Jean-Luc relève la tête. Et on est content pour lui. Il retrouve son souffle, ses formules, son art de l'esquive. On ne comprend pas tout, ce serait trop simple, mais, comme toujours, c'est drôle, stimulant, injuste, profond. "

Création en 2020-2021:

DURAS - GODARD /DIALOGUES

L'homme d'images fasciné par le livre et la femme de lettres attirée par le cinéma se sont rencontrés un après-midi. Elle lui a envoyé quelques vérités à la figure. Il a encaissé avec humour. Un dialogue passionnant. 

Ses grosses lunettes de prof sur le nez, solidement installée derrière son bureau, quelques feuillets disposés devant elle, Marguerite Duras fixe un regard d'examinatrice attentive et froide sur le jeune homme timide qui vient se soumettre à un interrogatoire sans complaisance: Jean-Luc Godard se prépare à s'expliquer, entre autres, sur son dernier film, Soigne ta droite, mais aussi sur le cinéma en général, la littérature, la politique, la télévision...

L'élève Godard s'assied donc sur le bout de son siège, les yeux baissés et le sourire crispé. Il sait ou devine que le professeur Duras ne sera pas vraiment tendre avec lui, qu'elle s'apprête à passer au crible de sa redoutable intelligence la " copie " qu'il lui a remise. De fait, il va être servi !

 

D’après les oeuvres de Marguerite Duras et Jean-Luc Godard.
 

Durée 1h05

 

Mise en scène —  Sabrina Kouroughli et Gaëtan Vassart

Assistante à la mise en scène — Laure Roldàn

Dramaturgie — Marion Stoufflet

Création lumières — Franck Thevenon

Son — Christophe Sechet

Production Cie La Ronde de Nuit; Coproduction (en cours); Avec les soutien de la Spedidam.En résidence au Carreau du Temple et au 104-Paris.

En coréalisation avec le Théâtre des Halles, Festival d'Avignon; 

Du 3 juillet au 26 juillet 2020 à 21h

au Théâtre des Halles, Chapelle Sainte-Claire, Festival D'Avignon.