Bérénice de Jean Racine

Mise en scène — Gaëtan Vassart

Adaptation — Jean-Claude Carrière

Scénographie — Camille Duchemin

Lumières — Franck Thévenon

Son — Aline Loustalot

Avec

Golshifteh Farahani,

Stéphane Brel,

Sabrina Kouroughli,

Anthony Paliotti

Gaëtan Vassart 

(distribution en cours)

Du 14 au 24 Mars 2019

au Théâtre des Quartiers d’Ivry -

Centre Dramatique National du Val-de-Marne,

Manufacture des Oeillets.

Accès: métro parisien - Ligne 7 - Station Mairie d’Ivry

Production Compagnie La Ronde de Nuit; Coproduction Théâtre des Quartiers d'Ivry, Centre Dramatique National du Val-de-Marne; Avec le soutien du CENT-QUATRE-PARIS dans le cadre des résidences, avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.

Après "Anna Karénine-Les bals où l'on s'amuse n'existent plus pour moi" et "Mademoiselle Julie", "Bérénice" est le dernier volet de notre trilogie autour des grandes héroïnes féminines en quête d'émancipation et de liberté.

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous?
Que le jour recommence et que le jour finisse 

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus!

NOTE D’INTENTION:  Bérénice, reine de Palestine, ou l'éternel l'exil.

Le désir de s’élever prend souvent naissance à la lisière d’un champ désolé. D’un profond chagrin, nous trouvons la force de nous transformer et vaincre des obstacles qui nous paraissaient insurmontables jusqu’alors. « Bérénice » de Jean Racine commence par l’annonce de la mort du père de Titus. Son deuil s’accompagne de la perte de l’insouciance et le devoir de remplir sa fonction sociale au détriment de sa vie affective. Titus accède au pouvoir et doit quitter Bérénice, la princesse de Judée.

Bérénice est entière, pure, déterminée, insoumise, révoltée. Titus l’aime passionnément, mais il y a en lui la noirceur d’un homme du XXIème siècle, celle d’un désenchanté, d’un Hamlet tourmenté revenu des champs de bataille, incapable d’embrasser le bonheur conjugal.

Notre adaptation de « Bérénice » mettra l’accent sur la déflagration du couple Titus-Bérénice bousculé par le désir d’accéder au pouvoir. C’est une réflexion sur ce que l’on fait de nos héros épris d’absolu, de leurs richesses, de leurs musiques secrètes. Titus renonce au mariage avec Bérénice pour poursuivre sa carrière. Il sacrifie cet amour sur l’autel d’une ambition personnelle, il lutte contre sa peur de la mort et devient le jouet de Rome. Aurait-il pu avoir les deux : Bérénice et l’empire ? Profite-t-il des lois de Rome pour renvoyer cette reine de Palestine qui veut refaire sa vie? Car selon Roland Barthes « Rome est silencieuse et chacun lui fait dire ce qu’il veut ».

 

La pièce nous montre à quel point le regard de la société peut broyer nos désirs les plus profonds, et comment nos rêves peuvent se dissoudre à l’épreuve du pouvoir. C’est une réflexion sur la perte des valeurs en politique. La passion amoureuse peut-elle résister à un entourage décidé à empoisonner l’intimité d’un couple? Car Paulin, Arsace ou Phénice défendent chacun leur réseau d’influence, et comptent bien conserver leur poste.

 

Titus échange l’amour contre le pouvoir ; Bérénice, elle, perd tout. Elle avait prévue de devenir impératrice, elle sera l’exilée sans royaume. Pourtant Antiochus, l’enthousiaste, le mal-aimé dans ce triangle amoureux, lui tend la main. Il lui propose un amour aussi pur que le sien, elle refuse. D’autant plus troublante est cette fin, que Bérénice choisit de continuer à vivre.  Elle part dans la désolation d’un amour arraché, et se tient « debout » juste pour donner l’exemple.

La pièce me paraît d’une actualité brûlante. Comment accomplir nos rêves d’épanouissement personnel dans une société où le travail régit notre vie, où la réussite sociale nous impose ses lois, nous oblige sans cesse à un sprint au bord du précipice, sans étoile du berger pour nous guider? Comment pouvons-nous encore donner du pouvoir à nos rêves ? Nous axerons le travail autour de cette génération de trentenaires que nous sommes, au carrefour de nos vies, avec le poids de l’héritage de nos parents. Cet âge où nous portons le chagrin des départs malgré nos illusions perdues et des rêves engloutis. Des rêves qui ne demandent qu’à se réveiller pour nous permettre de prendre une autre direction de vie, et construire une société plus humaniste. • Gaëtan Vassart